Missing Time sur D.947 (LDLN 305).

« Je ne sais pas ce qui m’est arrivé… » 

Par une nuit du début de l’été 1976, Claude Damman conduisait un petit camion (Mercedes 206D, à moteur diesel de 9 ch), dans le nord de la France. Il rentrait chez lui.

A la limite sud de Steenvoorde, il s’apprêtait à quitter la D 948 pour prendre, sur sa gauche, la D 947, en direction du sud. C’est alors qu’il distingua dans le ciel, en direction de l’ouest-sud-ouest, une lueur qui lui parut tout-à-fait anormale. Après le carrefour, il continua à observer cette lueur, sur sa droite. Cela se rapprochait légèrement, en descendant. Il chercha à comprendre, et pensa à la lueur des hauts-fourneaux. Mais ce n’était pas ça. Il voyait bien que ce n’était pas ça.

Il s’arrêta prés d’un moulin à vent, qui se trouve sur le côté droit de la route, et il regarda. « Au début, dit-il, quand ça se rapprochait, c’était une lumière aux bords flous, mais quand ça s’est arrêté, les bords étaient nets; ça éclairé le sol en-dessous, et le moulin… ça éclairait jusqu’au camion.

La chose, de couleur uniformément orange-rouge, se trouvait alors à 120 ou 150 mètres de lui, et son fond, plat, n’était peut-être qu’à dix mètres du sol. Claude Damman était descendu de son camion, et s’était approché, mais pas trop. La chose était immobile, derrière le moulin. Cela dura un certain temps…

Au bout d’un moment, il revint au camion, décidé à partir. Lorsqu’il tourna la clé de contact, le moteur refusa de démarrer. C’était la première fois que cela se produisait! D’habitude, ce camion partait au premier tour de clé…

Le camion ne voulant rien savoir, Claude Damman en descendit, pour retourner voir la chose. Mais c’est alors qu’elle s’éloigna, dans la direction d’où elle était venue, assez lentement, en montant légèrement. Il revint donc au camion, et actionna à nouveau le démarreur. Le moteur partit du premier coup.

Tout cela avait étonné Claude Damman, bien sûr, mais ce qui l’étonna plus encore, ce fut de lire l’heure à une pendule, en rentrant chez lui: Il était plus de 2h du matin. C’était incompréhensible. Il aurait dû être beaucoup moins tard que ça, compte tenu de l’heure à laquelle il était passé à Steenvoorde, du temps qu’il se souvenait d’avoir observé le phénomène, et du nombre de kilomètres qu’il lui restait à parcourir.

« Là, j’ai pas compris », nous dit-il. « Je sais pas… J’ai eu comme un trou… Ce qui m’a frappé, c’est l’heure qu’il était quand je suis rentré, et puis ce camion qui n’a pas démarré…Quand je suis reparti, j’ai été un moment encore tout drôle, avec mon camion… »

Il confia son aventure à sa femme, mais insista pour qu’elle n’en parle à personne. Et pendant treize ans, personne ne sut rien de cette histoire. Un hasard, un hasard qui s’appelle Paulette Daudel, nous a permis de recueillir ses souvenirs, en 1989. Lui qui n’avait rien dit pendant treize ans, nous raconta toute l’histoire, dans une ambiance parfaitement détendue. Il avait compris (merci, Paulette!) que nous ne nous moquerions pas de lui, et j’eus même l’impression qu’il était soulagé de pouvoir raconter son aventure.

Ce genre d’aventure, depuis quelques années, porte un nom: cela s’appelle un missing time, autrement dit un trou de mémoire, mais un trou de mémoire lié à une rencontre rapprochée. De ce phénomène, nous ne connaissons que les apparences. Sa vraie nature nous échappe totalement.

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